Vous refaites votre commerce, votre cabinet ou votre restaurant, vous avez une date d'ouverture, et un jour un mot tombe dans une conversation : « il faudra du M1 ». Personne ne vous dit exactement où, sur quoi, ni pourquoi. Et vous découvrez que le classement au feu des matériaux d'agencement n'est pas une case à cocher, mais une série d'exigences qui changent selon la pièce et selon le composant. Autant le savoir avant de commander les panneaux, pas quand la commission de sécurité passe.
Cet article répond à une seule question, celle que vous vous posez vraiment : qu'est-ce que je risque, et qu'est-ce que je dois vérifier avant de lancer ? On parle réaction au feu — la capacité d'un matériau à s'enflammer et à alimenter un incendie — pas résistance au feu, qui est un autre sujet (la tenue d'une paroi coupe-feu dans le temps). Ici, c'est le stratifié de votre comptoir, le panneau de votre banque d'accueil, le rideau de votre vitrine et le revêtement mural de votre salle qui sont concernés.
Ce que dit le texte : classes M et Euroclasses, deux systèmes qui coexistent
En 2026, deux systèmes de classement de réaction au feu cohabitent : le classement français M (M0 à M4) et les Euroclasses européennes (A1, A2, B, C, D, E, F). Le règlement de sécurité des ERP continue d'utiliser des classes M dans ses prescriptions internes, tandis que les produits de construction couverts par une norme européenne harmonisée relèvent des Euroclasses.
Le texte-cadre est l'arrêté du 25 juin 1980 portant règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les ERP, dans sa version consolidée (dernière mise à jour visible au 5 août 2025). La réaction au feu des produits de construction et d'aménagement est, elle, encadrée par l'arrêté du 21 novembre 2002, consolidé au 1er avril 2025, qui vise explicitement les « matériaux d'aménagement ».
Retenez le principe qui commande tout le reste : le classement M reste la référence réglementaire pour les matériaux et produits de décoration en ERP ; les Euroclasses sont le système européen harmonisé pour les matériaux de construction et certains revêtements. Les deux ne sont pas interchangeables produit par produit. Le régime dépend de la nature du matériau et du texte qui le vise. C'est pour ça qu'un simple « matériau ignifugé » dans un devis ne veut rien dire : il faut la classe exacte, pour l'usage exact.
Qui est concerné : votre catégorie d'ERP et le local, pas votre bonne volonté
Tous les établissements recevant du public sont concernés, mais les exigences de réaction au feu se précisent article par article et selon les locaux : il n'existe pas une règle unique valable pour tout le mobilier et tous les revêtements d'un ERP. Un même stratifié peut être admis dans une pièce et refusé ailleurs.
Ce qui fait varier l'exigence, ce sont surtout deux paramètres : la catégorie de l'établissement (liée à l'effectif reçu) et l'emplacement de l'élément (dégagement, escalier encloisonné, salle, local de plus ou moins de 50 m²). Un petit commerce ou un cabinet relèvent le plus souvent de la 5e catégorie, avec des règles allégées mais bien réelles — nous détaillons ce cas dans notre article sur la norme ERP catégorie 5 pour un petit commerce ou un cabinet. Un restaurant, un hôtel ou une salle de plus grande capacité montent en exigence.
Concrètement, cela veut dire une chose pour vous : personne ne peut vous donner « la » classe au feu de votre agencement sans regarder votre plan et votre classement d'ERP. Toute réponse qui ne pose pas d'abord la question « quelle catégorie, quel local ? » est une réponse au doigt mouillé.

Ce que ça change sur le mobilier fixe et les revêtements muraux
La sécurité incendie ne traite pas votre agencement comme un bloc : elle distingue le mobilier fixe, les revêtements muraux, les tentures et les éléments décoratifs, avec des prescriptions par composant. Un CCTP d'agencement sérieux exige donc le bon classement pièce par pièce, pas un « ignifugé » générique.
Pour les tentures, portières, rideaux et voilages, l'arrêté du 25 juin 1980 différencie selon le lieu :
- Dans les escaliers encloisonnés : tentures, portières, rideaux et voilages doivent être classés M1 (en 2026, prescription toujours en vigueur).
- Dans les autres dégagements et les locaux de superficie supérieure à 50 m² : ils doivent être classés M2.
- Les rideaux de scènes et d'estrades : M1.
- Les cloisons coulissantes ou repliables : admises en M3.
Ces valeurs sont documentées dans les dispositions techniques applicables aux aménagements intérieurs en ERP (présentation consultée en 2022, mise à jour éditoriale visible en 2025). Elles illustrent parfaitement la logique du texte : même famille de produit, exigence différente selon l'endroit.
Pour les revêtements muraux, les plafonds, les sols et le mobilier fixe, l'exigence chiffrée exacte dépend de la catégorie et du local, et n'est pas fixée par un classement global unique. Là, on ne vous donnera pas un tableau tout fait, parce qu'il n'en existe pas un qui couvre tous les cas sans erreur. La règle de méthode reste la même : classe exigée définie au plan, puis justificatif du produit.
Lecture d'atelier : ce qu'un panneau classé au feu change en fabrication et en coût
Un panneau classé au feu n'est pas un panneau ordinaire qu'on aurait « traité » après coup. La classe M1 ou l'Euroclasse B/C se joue dans la composition même du produit — l'âme du panneau, la résine, le support. Vous ne rattrapez pas un classement avec un vernis en fin de chantier.
Ce que ça implique quand nous usinons dans notre atelier de Caen : d'abord, un panneau ignifugé se commande spécifiquement, souvent sur des délais fournisseurs plus longs qu'un décor courant, et pas toujours dans tous les coloris de la gamme standard. Ensuite, le classement porte sur le produit tel qu'il a été testé — support, épaisseur, parfois mode de mise en œuvre. Recoller un stratifié classé sur un support qui n'était pas celui du procès-verbal, et le classement du PV ne vous couvre plus. C'est un point qu'on vérifie au bureau d'études avant de commander, pas au moment de poser.
Côté prix, un panneau ou un stratifié classé au feu coûte plus cher qu'un décor standard, et les délais d'approvisionnement pèsent sur le planning. Nous ne donnons pas d'ordre de grandeur chiffré ici : les tarifs et délais 2026 de cette filière ne sont pas publiés par une source officielle que nous puissions citer. Ce qui compte, c'est de l'anticiper au moment du chiffrage, pas de le découvrir quand le reste de l'agencement est déjà lancé.
Ce qu'on ferait chez SNA
Sur un agencement ERP, nous partons du plan et du classement de l'établissement, puis nous définissons la classe au feu exigée local par local avant de choisir les matériaux — jamais l'inverse. Notre position : mieux vaut un décor plus restreint mais classé et justifié qu'un beau panneau dont on découvre en réception qu'il n'a pas le bon PV. La condition qui ferait bouger ce choix : si l'élément n'est pas dans un local à exigence (mobilier libre, faible surface, hors dégagement), on peut élargir la palette. Mais cette décision se prend au bureau d'études, pièce en main, pas sur une intuition en showroom.
Qui contrôle, et à quel moment
Le respect du classement au feu s'apprécie dans le cadre de la conformité globale de l'ERP au règlement de sécurité, et non par un contrôle isolé « du feu des matériaux » sur une date fixe. Selon le type d'établissement et la nature des travaux, le passage en commission de sécurité et les pièces demandées varient.
Dans les faits, l'autorité qui apprécie la conformité, c'est la commission de sécurité compétente pour votre ERP, dans le cadre défini par l'arrêté du 25 juin 1980. C'est elle — et le bureau de contrôle quand il en existe un sur l'opération — qui font autorité, pas votre agenceur et pas nous. L'application dépend toujours de votre local précis : pour trancher votre cas, c'est vers la commission de sécurité et le bureau de contrôle qu'il faut se tourner.
Ce que vous devez retenir en tant que dirigeant : le contrôle porte sur un ensemble, il arrive tard dans le calendrier, et une réserve sur un matériau non classé se répare en le remplaçant — ce qui coûte du temps et de l'argent au pire moment. La prévention se joue au CCTP et à la commande, des mois avant.
Ce qu'il faut exiger par écrit de votre agenceur
La seule pièce qui prouve la réaction au feu d'un matériau, c'est son procès-verbal (PV) de classement au feu, émis par un laboratoire agréé, valable pour un produit, un support et un usage donnés. Exigez-le par écrit, produit par produit, avant la pose — pas une déclaration verbale « c'est du M1 ».
Ce que nous vous conseillons de demander formellement, pour chaque matériau soumis à exigence :
- Le PV de réaction au feu du produit exact (référence, coloris, épaisseur), avec sa classe M et/ou son Euroclasse.
- La correspondance entre l'usage prévu (revêtement mural, mobilier fixe, cloison repliable, rideau) et le champ couvert par le PV.
- Le support et le mode de mise en œuvre validés par ce PV, pour être sûr que le collage ou le montage prévu ne sort pas du domaine testé.
- Le rattachement au classement de votre ERP et au local concerné, ligne par ligne du CCTP.
Un CCTP d'agencement qui écrit « matériaux classés au feu conformément à la réglementation ERP » sans préciser la classe attendue par local ne vous protège pas : il repousse simplement le problème à la réception. Le bon réflexe, c'est un tableau qui associe chaque poste — comptoir, banque d'accueil, revêtement, rideau — à une classe exigée et à un justificatif attendu. C'est ce niveau de détail que nous appliquons aussi sur les normes ERP d'un restaurant, dans le CCTP et le mobilier, où l'hygiène et l'incendie se croisent, et que nous croisons avec les questions d'accessibilité comme la banque d'accueil PMR et ses hauteurs et dégagements.
Ce qu'il faut retenir
- En ERP, il n'y a pas un classement au feu unique : l'exigence se lit élément par élément et local par local (arrêté du 25 juin 1980, consolidé en 2025), avec des classes M encore en vigueur en 2026 et des Euroclasses selon les produits.
- Un panneau ou un stratifié classé au feu se commande spécifiquement, se conçoit au bureau d'études avant achat, et son classement dépend du support et de l'usage testés.
- Exigez le PV de réaction au feu de chaque produit avant la pose ; l'autorité qui tranche votre cas reste la commission de sécurité et, le cas échéant, le bureau de contrôle.
Parlons de vos locaux — 30 minutes avec Cédric
Si vous avez une date d'ouverture et un agencement à lancer en ERP, mieux vaut caler les classements au feu au plan qu'à la réception. Nous relevons les cotes sur site, nous définissons la classe exigée par local et nous choisissons des matériaux dont on peut fournir le PV. Prenez 30 minutes avec Cédric pour passer votre projet en revue avant de commander quoi que ce soit.
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